Juste pour rire ...



PRISM OU LE POKER MENTEUR



Histoire purement fictive


Dans cette fiction à vocation pédagogique, j'ai cherché à reproduire le travail que pourrait faire un analyste, en glanant des bribes d'informations par-ci par-là dans les médias. Ce travail a pour seul intérêt de montrer que la collecte d'information en elle-même est stérile sans le travail d'un cerveau humain pour recouper, assembler, trier les informations pour et leur donner un sens; un travail très compliqué et au résultat bien incertain...



Quelle tragédie que le 11 septembre ! mais aussi quelle aubaine pour les services secrets américains qui s'étaient vu dotés de plus grandes ressources et de pouvoirs élargis.


Et ils avaient eu une idée géniale ! Puisque 99% de la planète avaient un compte sur les serveurs américains, Google, Yahoo, Microsoft, etc... ils allaient obtenir de la justice américaine le droit de fouiller dans la vie de tout le monde ! Jamais plus un terroriste ne pourrait leur échapper. En fait ils pourraient même détecter un terroriste avant même que celui-ci ne sache qu'il allait en devenir un.


Et puis, il y avait eu cette réunion tragique, où les experts en S.I. de l'Agence avaient jeté un froid, en expliquant avec un petit sourire en coin que même le "pib" des États-Unis ne suffirait à financer les ressources matérielles et humaines nécessaires pour surveiller 2 milliards de personnes. Pirater les serveurs de Google ou même avoir une autorisation légale de les consulter "au jugé" ne servirait non plus à rien car la somme de données qui y transitent sont bien trop colossales. Y rechercher une information pertinente, c'était comme chercher une aiguille dans un porte-container, avaient-ils dit, mêlant métaphore ancienne et technologie moderne comme c'était devenu la mode dans leur petit cercle d'experts; un petit cercle de rabat-joie que tout le monde détestait à l'Agence, et qui avaient eu leur heure de gloire avant le 11 septembre, quand on croyaient encore que les ordinateurs pouvaient remplacer les hommes de terrain.


Toutefois, les arguments qu'ils présentaient semblaient cette fois imparables, et, la mort dans l'âme, nous étions prêts à faire le deuil de PRISM, quand un petit analyste à l'oeil malicieux déclara d'un ton mystérieux et néanmoins facétieux : "Non messieurs, nous n'allons pas enterrer PRISM !", "Bien mieux, nous allons le rendre public, et même en rajouter si nécessaire!". Et il poursuivi : "J'ai été chargé de comprendre pourquoi nous n'avions pas détecté et prévenu le dernier attentat sur le sol américain, à Boston, et je crois bien que j'en aie trouvé la raison". "Et PRISM va nous aider à rectifier cela". "Voyez-vous, je suis un fou de poker... oh ... rassurez-vous, je ne joue que de petites sommes; mais je me considère comme un bon joueur; en fait, mes amis m'ont surnommé le roi du bluff".


"Maintenant, écoutez-moi; plus de 90% des habitants de la planète ont un compte sur un serveur américain; statistiquement on peut donc estimer que 90% aussi des terroristes y ont un compte, y compris ceux qui ne font parti d'aucun groupe structuré. Imaginez que nous leurs "révélions" que nous allons bientôt découvrir tous leurs secrets en fouillant librement dans ces serveurs; comment réagirons-ils ? les plus impétueux vont sur le champ clore leurs comptes Google, Facebook, ... quant aux plus réfléchis, au mieux, ils cesseront d'utiliser leurs comptes. Laissons-donc leur croire ça, puis au bout de deux ou trois semaines, nous feront des réquisitions judiciaires pour que Google, Yahoo, Microsoft, Facebook et les autres nous livrent la liste de tous les comptes qui auront été clôturés , ou qui sont devenus inactifs, depuis la publication de l'affaire" "Messieurs, je vous prédit que dans un mois au plus tard, nous aurons l'identité de 90% des terroristes de cette planète".


Ce a quoi l'un de nous rétorqua : "mais vous n'avez pas peur qu'une telle nouvelle ne pousse une majorité de la planète a clôturer ses comptes, y compris ceux qui n'ont rien a voir avec le terrorisme ?, imaginez les conséquences économiques !"


"Mon expérience, et je pense qu'aucun analyste, ni aucun expert ne me contredira, c'est que cet "effet de bord" sera mineur; les plus paranoïaques clôtureront leur compte, sans doute pour le rouvrir un mois plus tard, quand ils se rendront compte qu'ils ne peuvent pas s'en passer. Mais la plupart des utilisateurs ne feront tout simplement rien, soit par simple négligence, soit parce qu'ils ne sentent pas concernés, soit parce qu'ils sont trop accros à ces services. Au plus, sur les 2 millions de personnes que nous cibleront, j'estime que 75% seront des faux positifs; mais, surveiller 2 millions de personnes, c'est dans nos moyens, bien plus en tout cas que d'en surveiller 2 milliards.


"Et alors, quand vous aurez incités les terroristes à clôturer leur comptes, comment ferez-vous pour les surveiller ?"


L'analyste sourit et dit : "là, je laisse les experts vous l'expliquer !" . L'expert en systèmes informatiques sourit à son tour et répondit : "il n'a pas tort, s'ils clôturent leurs comptes chez les gros fournisseurs américains, ils iront en ouvrir d'autres chez de plus petits fournisseurs à l'étranger; et, pour nous, c'est du pain béni !"; "vous savez qu'Obama ne veut plus que l'on surveille illégalement les citoyens américains; mais si c'est à l'étranger, il sera sans doute moins réticent; en plus Google et ses confrères américains ont les moyens matériels et humains de bien sécuriser leurs serveurs et c'est de plus en plus difficile de s'y introduire illégalement. Les petits fournisseurs étrangers n'ont pas les mêmes moyens, et ce sera un jeu d'enfant que de s'introduire dans leurs serveurs, puis d'y rechercher la traces des 2 ou 3 millions de personnes que nous auront ciblés préalablement; ce sera d'autant plus facile de traiter des serveurs à l'étrangers qu'ils sont beaucoup plus petits que les notres et drainent donc une masse de données beaucoup plus raisonnables, au vu de nos moyens en analyse.


Un grand silence s'ensuivit; chacun essayant d'assimiler l'énormité du coup de bluff qu'on venait de leur proposer. Tout les regards se tournèrent alors vers le grand patron, qui jusqu'alors n'avait rien dit. Il sembla réfléchir un moment, puis déclara simplement : Eh bien messieurs, il semble finalement que PRISM. ne soit pas mort."


Épilogue :


Les responsables des différentes agences de renseignement s'étaient réunies pour mettre une dernière main au projet PRISM.


"Il nous reste un certains nombre de détail a régler" dit l'un d'entre eux, prenant la parole. "En premier, comment allons-nous faire éclater l'affaire ? On ne peut pas simplement aller devant les médias pour leur dire : on a décidé de surveiller le monde entier ! ca équivaudrait à leur faire une déclaration de guerre"


"Pas de problème" répondit un autre, "on fera comme d'habitude, le coup du militaire "repenti", c'est une valeur sure;" "et c'est moins risqué que d'utiliser un civil, rappelez-vous Julian Assange; il a fallu qu'on mouille un haut responsable du Pentagone pour rattraper le coup, ca a été un vrai désastre. "


"Avez-vous quelqu'un a nous proposer ? "


"Difficile de trouver un volontaire : il devra "s'enfuir" des États-Unis pour que ca paraisse crédible, et peut-être même qu'il lui faudra faire de la prison - donc même si la prime de mission est substantielle, il faut un profil particulier. " "J'ai donc sélectionné un jeune analyste : il est chez nous depuis 6 mois et il a 29 ans, et il est assez patriote pour accepter quelques sacrifices"


"Un "ancien" agent de 29 ans... vous n'avez pas peur que ca paraisse louche ?, c'est l'âge où on les embauche habituellement! "


"Bah, les gens auront envie d'y croire; c'est tellement romanesque; et puis on peut compter sur le sentiment "anti-américain" pour anesthésier le sens critique de la part des plus sceptiques. C'est en tout cas l'opinion de nos experts en guerre psychologique, rappelez-vous le coup de la prison d'Abou Ghraïb !" Et toute l'assistance partit d'un immense éclat de rire.


"Bon, cet aspect des choses est réglé", dit le grand patron, "parlons maintenant des sociétés que nous allons mouiller dans cette affaire, Google et les autres, que doit-on leur dire ?"


"Nous avions eu des discutions préalables avec deux d'entre-elle sur le défunt projet PRISM, je veux dire... le projet initial, bien sûr... quant aux autres sociétés impliquées, nous avions craint à l'époque qu'elles ne révèlent prématurément l'affaire au médias; elles ne sont pas au courant. " "Et je pense qu'il vaut mieux les laisser dans l'ignorance" "Au départ, elle nieront être impliquées... puisque ce sera vraiment le cas!" "Puis quand, elle recevront les réquisitions judiciaires... elles comprendront sûrement la manoeuvre, à moins d'être complètement stupides!, et je pense qu'au moins une ou deux d'entre elles accepteront tacitement de jouer le jeu en "avouant" avoir eu connaissance du projet, ce qui ne fera qu'ajouter à la crédibilité de l'affaire."


"Eh bien, c'est parfait! Il reste toutefois un point à régler pour rassurer le Président : cette affaire ne risque-t-elle d'attirer les foudres du monde entier sur les Etats-Unis"


"Ce peut être un mal pour un bien : une fois les résultats escomptés récoltés, le Président pourra faire son "Mea-Culpa" devant le monde entier et annoncer qu'il annule et enterre le projet PRISM .. ce qui ne devrait pas être difficile puisqu'il l'est déjà abondonné de fait...


Un autre renchérit : "Puis il pourra expliquer qu'il a reçu "l'illumination démocratique" et se présenter comme le nouveau champion inter-planétaire du respect de la vie privée des citoyens; politiquement, ca peut être un bon coup."


"Une chose m'inquiète tout de même : après cette première phase, nous devrons procéder au piratage illégal de milliers de serveurs sur la planète.; on a jamais lancé une opération de cette envergure; ne craignez-vous pas qu'elle soit découverte ?"


"Ne vous inquiétez pas, c'est prévu : avant le début de l'opération, Obama fera une protestation officielle dénonçant une vaste opération de cyber-espionage des Chinois à notre encontre; cela nous placera d'emblée comme victime; et notre position officielle sera que ce sont les Chinois qui sont derrière cette opération. Même si certains ont des doutes, ils n'auront jamais de preuve, croyez-moi, on connait notre boulot... et on est les meilleurs."


... générique de fin ...



J'espère que cette histoire vous aura amusés : je le répète : elle sort tout droit de mon imagination, même si elle est truffée d'éléments réels tirés de la presse.